Le cursus de la Licence

Le cursus de la licence est  entre un tronc commun qui court sur les deux premières années (du premier au quatrième semestre) et une troisième année où le choix du parcours et de la spécialité rend possible (mais pas obligatoire) le début d’une spécialisation disciplinaire. Les six cours fondamentaux dans lesquels les disciplines sont appelées à dialoguer sont :

Nature et culture

L’idée de nature a une importance double dans une formation qui cherche à donner accès à la façon dont les sciences occidentales se sont fondées et construites.

En premier lieu, opposer nature et culture, c’est construire l’humain - en tant qu’être culturel - et le placer dans une position d’extériorité qui lui permet aussi d’élaborer sur la nature (ce dehors) des discours distants, analytiques, rationnels, explicatifs : des discours scientifiques.

En second lieu, l’opposition nature/culture sous-tend également la distinction habituellement faite entre les sciences (de la nature) et les humanités (dont l’objet peut être sténographié sous le nom de culture).

Ce cours n’est pas uniquement un cours d’histoire de l’idée de Nature. Il s’attache aussi à redonner une dimension complexe à des conceptions stéréotypées dont voici quelques exemples courants : l’Homme est maître de la nature, l’Homme est/n’est pas un animal, sciences dures/molles, continuité/discontinuité, objectivité/subjectivité, inné/acquis, la nature est sauvage, la nature existe avant le discours.

Cette « mise en questions », des notions de nature et de culture et des enjeux de leur opposition sont abordés selon des points de vue, construits à partir de champs disciplinaires variés : la biologie et les neurosciences, l’art et la littérature, la linguistique, la sociologie et l’anthropologie.

Conformément à l’esprit général de la licence, il s’agit aussi de montrer par l’exemple aux étudiants qu’un seul regard ne saurait suffire à rendre à l’objet (d’un discours scientifique) sa dimension complexe.

 Logique, langage et calcul

Enseigner les mathématiques tout en stimulant l’interrogation philosophique sur leur nature, sur ce qu’elles nous disent du langage, de la connaissance, du monde, des pouvoirs et des limites de notre savoir, tel est l’objectif de cette UE.

Que sont les objets mathématiques ? Quelle est leur réalité ? Pour répondre à ces questions, on mènera une réflexion théorique et historique sur la notion de démonstration et sur l’évolution de ces objets.

À la conception de ce cours ont participé des logiciens, des linguistes, des philosophes, des historiens de la philosophie, des mathématiciens, des historiens des mathématiques et des informaticiens.

Le cadre théorique du cours nous est apparu clairement dès le départ, faire dialoguer entre elles quatre disciplines : la logique, la philosophie, la linguistique et les mathématiques, avec, à l’horizon de la troisième année, une initiation aux grands résultats de l’informatique théorique.

La méthode que nous avons choisie consiste en un va- et-vient entre le point de vue contemporain et le point de vue du passé. Pour chacun des thèmes choisis (comme le nombre, l’universalité de l’algèbre, le continu, les ensembles), pour chacun des grands chapitres de la connaissance mathématique moderne que nous avons voulu aborder, et pour les problèmes fondamentaux que nous avons choisi d’illustrer dans ces chapitres, nous montrerons également en contrepoint comment on a raisonné dans le passé, avec d’autres outils conceptuels et linguistiques, avec d’autres idées directrices, avec d’autres signes, bref avec un regard totalement différent du nôtre.

Systèmes du Monde

La thématique Systèmes du monde est centrée sur la cosmologie, et articule autour de l’histoire des théories du monde, de sa genèse et de sa structure, l’analyse des thèmes fondamentaux que sont le mouvement, l’espace et le temps, les questions de la causalité et de la matière. Elle suit un fil chronologique, qui part de l’Antiquité et qui, en suivant la progressive mathématisation de la physique, aboutit à la cosmologie contemporaine.

Figures du pouvoir

La thématique Figures du Pouvoir vise à permettre aux étudiants d’identifier et de comprendre les rapports de pouvoir à l’œuvre dans différentes sphères de la vie sociale : famille, travail, santé, action publique, rapports sociaux de genre... En outre, elle cherche à identifier et décrypter ceux induits par la production et la spécialisation des savoirs. En croisant les outils des sciences sociales et les apports d’un usage critique des mathématiques et des sciences de la nature, il s’agit de comprendre les logiques à l’œuvre dans la constitution des domaines d’expertise, en particulier ceux qui ambitionnent d’orienter le gouvernement des individus et des pays.

Cette thématique cherche également à poser les bases méthodologiques des démarches d’enquête en sciences sociales et à permettre aux étudiants de développer leur propre esprit critique. Ainsi, ils sont formés, au fur et à mesure des semestres, à l’élaboration d’une problématique, la recherche bibliographique, le travail d’archives, l’enquête de terrain, la réalisation d’entretiens, l’usage des méthodes quantitatives, la mise en place de protocoles scientifiques... pour, en dernière année, développer pleinement ces compétences dans un sujet de leur choix portant sur une thématique proposée et traitée de façon transdisciplinaire.

Vision, Lumière, Couleur

L’étude de l’évolution des concepts de Vision, de Lumière et de Couleur et de leurs rapports montre qu’ils ont connu des bouleversements étonnants au fil des époques, qui seront analysés selon une perspective historique tout au long de ce cours. Celui-ci ne sera cependant pas un cours d’histoire des sciences et des idées ; l’enseignement technique des méthodes et points de vue modernes des disciplines abordées y prendra une place importante.

Nous y étudierons les théories physiques de la Lumière, biologiques et psychologiques de la Vision, et chimiques des Couleurs, généralement associées aux sciences fondamentales. A ces études nous tenterons d’articuler une réflexion philosophique quant à la nature de ces objets, ainsi que des théories de la perception des données esthétiques communément associées aux humanités.

Ainsi, nous réunirons des notions de physique, de chimie, de philosophie, de mathématiques, de biologie, de sciences cognitives (théories de la perception et neurosciences) et de théorie des arts (peinture et architecture à la renaissance, impressionnisme, photographie) afin d’explorer aussi largement que possible à notre échelle les champs complexes et étranges de la lumière, de la vision et de la couleur.

Approche critique de la langue

Ce cours répond à une nécessité d’amélioration des compétences en français et en anglais à laquelle sera associée une réflexion critique transdisciplinaire. Il s’agit d’activer chez les étudiants une conscientisation des phénomènes linguistiques par le biais d’une interrogation sur la langue perçue à la fois comme outil et objet d’étude.

La mise en place d’un programme échelonné sur les trois années de la Licence permettra de développer aussi bien un aspect pratique et concret qui vise à l’amélioration de la langue comme outil de communication (en français et en anglais) qu’un aspect critique transdisciplinaire qui interroge la langue sur ses usages, ses pratiques, ses discours en lien avec l’histoire (l’histoire antique, l’histoire des sciences), la linguistique, les neurosciences, la philosophie, la sociolinguistique, la littérature, la sociologie, ou encore l’anthropologie.

Ce parcours au cœur de la langue nous mènera en première année du mot, pris à la fois comme entité linguistique et unité minimale du discours, à la constitution historique et à la formalisation des discours écrits et oraux. Dans une perspective d’ordre critique, il s’agira en seconde année d’interroger la façon dont les discours se chargent de lieux communs jusqu’à générer des stéréotypes reflétant des réalités historiques et sociales qui engagent de nouvelles épistémès (exemple du discours féministe). La troisième année entend conjuguer des approches à la fois herméneutique, pragmatique et stylistique : elle place la question du sens au cœur du débat intellectuel en convoquant la notion de métaphore, entendue à la fois comme mode d’accès au monde et nouvel ordre de perception, mais travaille aussi la question des normes, de la distorsion, de la transgression dans leurs dimensions linguistique, stylistique et théâtrale.

Au terme de ces trois années, il s’agit pour les étudiants de s’approprier la langue dans la pluralité de ses usages comme dans la compréhension de ses détournements tout en nourrissant cette polyphonie critique caractéristique de la « Licence Sciences et Humanités »